La zone de chalandise est le territoire d'où provient l'essentiel de la clientèle d'un point de vente. Avant d'ouvrir un commerce, de reprendre un fonds ou de découper un territoire commercial, il faut savoir d'où viendront les clients. C'est tout le sujet de la zone de chalandise. La notion est simple à énoncer et beaucoup plus difficile à tracer sur une carte sans se tromper. La bonne nouvelle, c'est qu'en France les données publiques (INSEE, Base Adresse Nationale, découpage IRIS) sont assez fines pour la calculer sérieusement, sans budget d'étude à cinq chiffres.

Cet article est celui de la compréhension. Il explique ce que le terme recouvre, comment le découpage en zones primaire, secondaire et tertiaire s'établit, pourquoi un cercle tracé sur Google Maps donne une réponse fausse, quelles méthodes les géomarketeurs utilisent vraiment, et ce que ça donne sur un cas réel, chiffres INSEE à l'appui. Pour la mise en œuvre, avec la démo à cliquer, l'appel d'API et le contour exporté en GeoJSON, l'article frère calculer une zone de chalandise prend le relais.

Qu'est-ce qu'une zone de chalandise ?

La définition tient en une phrase : la zone de chalandise est l'aire géographique d'où provient l'essentiel de la clientèle d'un point de vente. Le mot vient de « chaland », l'acheteur régulier, celui qui revient. Par extension, la chalandise désigne le territoire d'où vient cette clientèle. Pas celui où l'enseigne est connue, pas celui où elle distribue des prospectus. Celui d'où les gens viennent pour de bon.

Cette définition a deux conséquences pratiques qu'on oublie souvent. D'abord, une zone de chalandise se constate avant de se prédire. Un commerce déjà ouvert a des tickets, des cartes de fidélité, des livraisons, des codes postaux saisis en caisse. Ce sont des adresses réelles, et elles dessinent la zone bien mieux qu'un modèle. Ensuite, la zone n'est pas une propriété du lieu mais du couple lieu et activité. Une boulangerie et un concessionnaire automobile installés au même carrefour n'ont pas la même zone, parce qu'on ne parcourt pas la même distance pour une baguette et pour une voiture. La fréquence d'achat et le montant du panier commandent la portée bien plus que la géographie.

On s'en sert pour calculer un taux de pénétration sur un secteur, bâtir le prévisionnel d'un business plan, arbitrer entre deux emplacements avant une ouverture, dimensionner une tournée de livraison ou découper des territoires entre commerciaux sans qu'ils se marchent dessus. Dans une étude concurrentielle, elle sert aussi à voir où les enseignes se chevauchent. Avec QGIS, ArcGIS ou Smappen, on visualise vite ces contours et les distances aux concurrents. Et quand un chiffre d'affaires plafonne sans explication évidente, la superposition des zones du réseau montre souvent qu'un magasin mange celle de son voisin.

Primaire, secondaire, tertiaire

Le découpage en trois anneaux est la convention la plus répandue. Elle est utile à condition de savoir ce qu'elle mesure, c'est-à-dire une part de clientèle et non une distance.

La zone primaire regroupe les clients les plus proches, ceux qui viennent souvent et sans y penser. Elle apporte en général 50 à 70 % des clients, et c'est elle qui fait l'essentiel du chiffre d'affaires d'un commerce de proximité. La zone secondaire rassemble une clientèle régulière mais plus éloignée, qui arbitre entre plusieurs enseignes. Comptez 20 à 30 % des clients, avec une fréquence de visite plus faible. La zone tertiaire est celle de la fréquentation occasionnelle, le samedi de courses, le passage sur un trajet domicile-travail, l'achat exceptionnel. Elle peut être très étendue et compter pour assez peu.

Anneau Part des clients En kilomètres (périurbain) En minutes de trajet Fréquence de visite
Zone primaire 50 à 70 % 5 à 10 km 5 à 10 min Souvent, sans y penser
Zone secondaire 20 à 30 % 10 à 20 km 10 à 20 min Régulière, en arbitrant entre enseignes
Zone tertiaire Le reste Jusqu'à 30 km Jusqu'à 30 min Occasionnelle

Les seuils usuels, 5 à 10 km pour la primaire, 10 à 20 km pour la secondaire, jusqu'à 30 km pour la tertiaire, sont des ordres de grandeur hérités du commerce périurbain. Ils se déplacent énormément selon la densité. Dans Paris intra-muros, la zone primaire d'une boulangerie se compte en centaines de mètres et en cinq minutes à pied. Le long d'une nationale en zone rurale, quinze minutes de voiture couvrent vingt kilomètres. C'est pourquoi la profession est passée des kilomètres aux minutes : cinq à dix minutes pour la primaire, dix à vingt pour la secondaire, jusqu'à trente pour la tertiaire. La durée est la seule unité qui garde le même sens d'un tissu urbain à l'autre, parce qu'elle intègre la vitesse réelle du réseau.

La frontière entre les trois anneaux n'est jamais une ligne nette. Elle se pose là où la densité de clients par habitant décroche, un seuil qu'on lit dans ses propres données ou qu'on estime par comparaison avec un magasin similaire.

Chalandise, influence, attraction

Trois termes voisins qu'il vaut mieux ne pas confondre.

La zone de chalandise s'appuie sur des faits : adresses de clients, tickets, livraisons, déplacements observés. Elle est descriptive et vérifiable. La zone d'influence est plus marketing. Elle décrit la notoriété, la portée d'une campagne, le territoire où l'enseigne est connue, ce qui n'implique pas qu'on y achète. Une enseigne peut être connue dans tout le département et ne capter vraiment que trois cantons.

Entre les deux, les modèles d'attraction tentent de prédire la répartition d'une clientèle entre plusieurs commerces concurrents. Le modèle de Huff est le plus utilisé. Il estime la probabilité qu'un client choisisse un commerce plutôt qu'un autre, en fonction de l'attractivité de chacun (la surface de vente sert souvent d'approximation) et de la distance ou du temps de trajet, affecté d'un coefficient de résistance. Le résultat n'est pas un contour net mais une surface de probabilités, ce qui colle mieux à la réalité. Personne ne cesse d'être client parce qu'il a franchi une ligne.

Pour la fiabilité, gardez cet ordre en tête : les données observées valent mieux qu'un modèle, un modèle vaut mieux qu'un cercle, et un cercle vaut mieux que rien.

Pourquoi Google Maps ne suffit pas

C'est le premier réflexe, et il produit une carte qui a l'air juste. Google Maps sait tracer un rayon autour d'un point et afficher les concurrents alentour. Deux limites le disqualifient pourtant pour une étude sérieuse.

La première est géométrique. Un rayon n'est pas une isochrone. Un cercle de dix kilomètres suppose qu'on se déplace en ligne droite dans toutes les directions, à la même vitesse. La réalité fait l'inverse. Un fleuve sans pont coupe la zone en deux et n'en laisse qu'une moitié accessible. Une voie ferrée, une rocade sans échangeur, un massif ou une commune mal desservie produisent le même effet. Une nationale ou une autoroute, elles, étirent la zone bien au-delà du cercle dans une seule direction. Un contour calculé sur le réseau routier réel est irrégulier, souvent en étoile, et il n'a presque jamais la forme du disque qu'on imaginait. Les deux surfaces peuvent différer de moitié.

La seconde est documentaire. Google n'a pas l'INSEE. Il connaît les commerces, les avis et les temps de trajet, mais pas le niveau de vie moyen par carreau de 200 mètres, pas la composition des ménages, pas les tranches d'âge, pas le découpage IRIS. Or une zone de chalandise sans profil de population ne dit rien du potentiel. Deux contours de même surface peuvent contenir une population trois fois différente, en nombre comme en pouvoir d'achat. C'est ce que les référentiels publics français apportent, et qu'aucun outil cartographique global n'expose.

Il y a aussi une raison plus terre à terre. La tarification de l'API Google a changé plusieurs fois depuis 2018, et le stockage des résultats y est encadré. Construire un actif d'entreprise, un référentiel de zones ou un scoring de prospects, sur une brique dont le prix et les droits de réutilisation vous échappent est un pari que je ne prendrais pas.

Comment la calculer

Quatre approches, de la plus grossière à la plus solide. Elles ne s'excluent pas. On commence souvent par la première et on affine.

Méthode Ce qu'elle mesure Quand elle ment Ce qu'il faut
Rayon à vol d'oiseau (zone isométrique) Une distance constante autour du point Dès qu'il y a un fleuve, un relief, une voie ferrée, une rocade Un compas, ou une ligne dans n'importe quel outil
Isochrone Le temps de trajet réel sur le réseau, pour un mode donné Aux heures de pointe si le moteur ne modélise pas la congestion ; si la durée est choisie par habitude Un moteur d'itinéraire et un graphe routier (OpenStreetMap)
Contour croisé avec l'INSEE La population, les ménages et le niveau de vie de la zone Si la maille est trop grossière (commune) ou si l'attribution des mailles à cheval n'est pas écrite Les carreaux Filosofi 200 m ou les IRIS, et une règle de prorata
Clients réels géocodés Le taux de pénétration constaté, maille par maille Si le fichier client est sale ou si l'adresse de facturation n'est pas celle de résidence Un fichier d'adresses vérifiées, une adresse par appel

Le rayon kilométrique, ou zone isométrique

Un cercle de 5, 10 ou 15 km autour du point de vente. Les géomarketeurs l'appellent zone isométrique : une distance constante depuis l'origine. C'est la méthode la plus rapide, et elle a un usage légitime : le cadrage initial, la comparaison grossière de deux emplacements, ou la livraison locale où la contrainte est vraiment une distance à vol d'oiseau. On la trace en une ligne dans n'importe quel outil, et tout le monde la comprend autour de la table.

Son défaut est celui décrit plus haut. Elle ignore les obstacles et suppose que tous les habitants du disque ont la même probabilité de venir. Sur un territoire plat, dense et bien maillé, l'erreur reste tolérable. Dès qu'il y a un relief, un cours d'eau, une voie ferrée ou une rocade, elle devient trompeuse. Le pire, c'est qu'elle produit une carte propre et symétrique, qui inspire confiance.

La zone isochrone

Une isochrone est l'ensemble des points atteignables en un temps donné depuis une origine, en suivant le réseau réel. On raisonne alors en « tout ce qui est à moins de quinze minutes en voiture », ce qui correspond à la façon dont un client se pose la question.

Le calcul demande un moteur d'itinéraire et un graphe routier. Les principaux moteurs open source, OSRM, Valhalla ou GraphHopper, le font à partir des données OpenStreetMap, et plusieurs services l'exposent en API. Le mode de déplacement compte autant que la durée. Quinze minutes à pied, à vélo ou en voiture depuis la même adresse donnent trois contours nettement différents, parce qu'ils n'empruntent pas les mêmes voies. Pour un commerce de centre-ville, la zone piétonne est souvent la seule qui ait un sens.

Deux précautions. Une isochrone dépend des hypothèses de vitesse du moteur, et la plupart ne modélisent pas la congestion heure par heure. Un contour de dix-huit heures un vendredi ne ressemble pas à celui d'un dimanche matin. Et il faut choisir la durée en fonction de l'activité, pas par habitude. Trente minutes pour une boulangerie n'ont aucun sens.

IRIS et carroyage INSEE

C'est l'étage qui transforme une géographie en potentiel. Les zones IRIS découpent les communes d'au moins 10 000 habitants, et la plupart de celles de 5 000 à 10 000, en mailles d'environ 2 000 habitants, avec des données socio-démographiques détaillées : revenus, âge, taille et composition des ménages, statut d'occupation du logement. Les communes plus petites forment un IRIS unique. Le carroyage INSEE Filosofi descend plus bas encore, à des carreaux de 200 mètres de côté, avec le nombre de personnes et de ménages, la structure par âge et des indicateurs de niveau de vie.

En croisant un découpage statistique avec une isochrone, on obtient à la fois la géographie réelle et le profil de la population qu'elle contient. C'est la base d'un modèle de Huff qui tient la route, et c'est aussi ce qui permet de comparer deux emplacements autrement qu'à l'intuition. Attention à la maille. Un IRIS chevauche presque toujours la frontière du contour, et il faut décider comment on l'attribue : au prorata de la surface, au prorata de la population, ou en tout ou rien. Les trois donnent des résultats différents, et la méthode retenue doit être écrite noir sur blanc dans l'étude.

Partir des clients réels

La méthode la plus fiable ne modélise rien. Elle géocode les adresses des clients existants et regarde où ils habitent. On obtient un nuage de points, on le compte par maille, on le rapporte à la population de chaque maille, et on lit directement le taux de pénétration, la part de la population qui est cliente. La zone primaire est alors celle où ce taux décroche, pas celle qu'un cercle a décidée.

Cette approche demande un fichier client propre et des adresses vérifiées avant géocodage, faute de quoi le nuage est faux là où les adresses le sont. Elle suppose aussi de traiter le cas des clients sans adresse et celui des adresses de facturation qui ne sont pas des adresses de résidence. Mais c'est la seule qui permette de valider un modèle. On calibre l'isochrone et le coefficient de résistance du modèle de Huff sur les magasins qu'on connaît, puis on applique les paramètres obtenus à l'emplacement qu'on étudie. C'est aussi la démarche à suivre pour compter combien de clients tombent à l'intérieur d'un contour, puisque cet enrichissement se fait adresse par adresse.

Un cas réel : dix minutes en voiture autour d'une adresse à Lyon

Les méthodes ci-dessus restent abstraites tant qu'on ne les voit pas produire des chiffres. Voici ce que donne le croisement d'une isochrone et des carreaux INSEE sur une adresse réelle, calculé le 16 septembre 2026 : le 1 rue de la République, à Lyon 1er, au cœur de la Presqu'île. Une porte de restaurant, disons.

À dix minutes en voiture, hors heure de pointe, le contour couvre 66,2 km² et touche 293 quartiers IRIS. Voici ce que l'INSEE sait des gens qui y habitent.

Indicateur Valeur
Population 546 058 habitants
Ménages 276 289
Ménages sous le seuil de pauvreté 43 203, soit 15,6 %
Niveau de vie moyen 27 437 € par personne et par an
Ménages d'une personne 48,4 %
Propriétaires 39,1 %
Logements construits avant 1945 30,1 %
Logements sociaux 19,8 %
Cadres parmi les 15 ans et plus 22,3 %, soit 2,1 fois la moyenne française
Ouvriers 6,2 %, soit la moitié de la moyenne française
25 à 39 ans 26,3 % de la population

Chaque chiffre est une somme des carreaux Filosofi de 200 m, chacun compté au prorata de sa part de surface dans le contour. Sur les 1 675 carreaux touchés, 230 portent des valeurs que l'INSEE a estimées au titre du secret statistique, soit 13,7 % : c'est peu, parce que la zone est dense. En milieu rural, la proportion dépasse couramment la moitié, et ce n'est pas un défaut de la zone mais la norme du fichier.

Ce profil dit déjà beaucoup pour un restaurateur : une population jeune, seule, cadre, locataire, dans du bâti ancien. Ce n'est pas la zone d'un drive familial.

Ce que ça représente en euros

Le niveau de vie moyen est un revenu par unité de consommation, pas par ménage. En le rapportant aux unités de consommation reconstituées de la zone, on obtient un revenu disponible estimé d'environ 10,8 milliards d'euros par an, soit 39 131 € par ménage. C'est le chiffre à citer, en précisant qu'il s'agit d'une estimation : niveau de vie écrêté, revenus 2021, unités de consommation reconstituées à partir de la structure par âge.

Pour aller jusqu'au potentiel d'un secteur, on applique la part du revenu disponible que ce secteur capte. Pour la restauration, les comptes nationaux de l'INSEE donnent environ 4,8 % ; le guide de l'API en donne la table complète par fonction de consommation. Sur cette zone, cela représente un potentiel théorique d'environ 519 millions d'euros par an, soit un peu plus de 155 € par ménage et par mois. C'est ce que les ménages de la zone dépensent au restaurant, tous établissements confondus. Ce n'est pas une prévision de chiffre d'affaires : c'est la taille du gâteau, pas la part qu'un établissement en prendra, qui dépend de la concurrence, de l'emplacement exact et de l'offre.

Le même point, trois portées

Le même calcul, sur la même adresse, en changeant seulement la portée.

Portée Surface Population Ménages Niveau de vie moyen Revenu disponible par ménage
10 min en voiture 66,2 km² 546 058 276 289 27 437 € 39 131 €
Rayon de 5 km à vol d'oiseau 78,1 km² 642 332 323 742 27 546 € 39 384 €
10 min à pied 1,4 km² 21 906 12 073 30 120 € 41 014 €

Trois enseignements.

Le cercle de 5 km compte 96 000 habitants de plus que l'isochrone de 10 minutes. Ce sont des gens que la voiture n'atteint pas en dix minutes depuis la Presqu'île : de l'autre côté de la Saône et de la colline de Fourvière, ou au-delà des ponts du Rhône saturés. Dans une ville dense et bien maillée comme Lyon, les deux portées restent du même ordre de grandeur, ce qui confirme la remarque faite plus haut sur le rayon. Le cercle n'a pas la bonne forme, mais il n'est pas absurde. En zone rurale, l'écart serait bien plus grand.

Le mode de déplacement pèse plus que tout. Dix minutes à pied couvrent vingt-cinq fois moins d'habitants que dix minutes en voiture, sur une surface quarante-sept fois plus petite. Et ce n'est pas la même population : 91,7 % de logements d'avant 1945, 54,1 % de personnes seules, 29,4 % de cadres, un niveau de vie moyen supérieur de 10 %. C'est le profil de l'hyper-centre, et pour un commerce de proximité c'est cette zone-là, pas l'autre, qui décrit la clientèle du quotidien.

Enfin, les chiffres ne se contredisent pas d'une portée à l'autre : le niveau de vie moyen bouge de quelques centaines d'euros, la structure par âge de quelques dixièmes de point. C'est le signe d'un calcul stable. Quand deux portées voisines donnent des profils incohérents, c'est la maille ou la méthode de prorata qu'il faut regarder.

Vous pouvez rejouer ce calcul tel quel, sans compte, dans la démo, ou changer l'adresse pour la vôtre. Source : INSEE, Filosofi 2021 (carreaux 200 m) et Recensement de la population 2022 (IRIS) ; IGN, Contours IRIS 2026 ; itinéraires sur données OpenStreetMap, sous licence ODbL.

Combien de personnes habitent dans une zone de chalandise ?

On croise le contour de la zone avec les carreaux INSEE Filosofi de 200 mètres, chaque carreau comptant au prorata de sa surface dans le contour. La somme donne la population, les ménages et le niveau de vie moyen de la zone. Tout dépend donc du contour : à Lyon, dix minutes en voiture depuis la rue de la République couvrent environ 546 000 habitants, dix minutes à pied environ 22 000.

La méthode tient en trois étapes. Tracer le contour, en temps de trajet plutôt qu'en kilomètres. Récupérer les carreaux Filosofi qu'il touche, et pondérer chacun par la part de sa surface qui tombe dedans, sans quoi les carreaux à cheval sur la frontière comptent pour le double de ce qu'ils devraient. Sommer, puis lire les ménages plutôt que les individus dès qu'on parle de dépense, parce qu'un ménage est l'unité qui consomme. La question « combien d'habitants » est presque toujours une question « combien de ménages, et à quel niveau de vie ».

Les cinq erreurs les plus fréquentes

  1. Le cercle sur Google Maps. Il est propre, symétrique et faux dès qu'il y a un fleuve, une colline ou une rocade. Il ne connaît ni l'INSEE ni le temps de trajet.
  2. La distance à la place du temps. Cinq kilomètres ne veulent pas dire la même chose à Lyon et le long d'une nationale. La durée est la seule unité stable d'un tissu urbain à l'autre.
  3. La population à la place des ménages. Une zone de 546 000 habitants, c'est 276 000 ménages. C'est le ménage qui a un budget, un panier et une voiture.
  4. La moyenne prise pour une médiane. Les carreaux Filosofi donnent un niveau de vie moyen, sensible aux hauts revenus. Ne le présentez jamais comme une médiane.
  5. La zone de la boulangerie appliquée au concessionnaire. La portée dépend de l'activité, de la fréquence d'achat et du panier. Trente minutes pour du pain, dix pour une voiture : dans les deux cas, c'est la mauvaise durée.

Tracer une zone de chalandise gratuitement

Pour voir à quoi ressemble une zone et ce qu'elle contient, la démo publique de TrustyData trace une isochrone depuis n'importe quelle adresse française, en voiture, à vélo ou à pied, affiche le contour sur une carte et chiffre la population, les ménages et le niveau de vie moyen de la zone. Sans compte, sans carte bancaire. C'est suffisant pour une première lecture d'un emplacement.

Pour une étude complète, le chemin gratuit passe par QGIS et les données de l'INSEE : les couches IRIS et le carroyage Filosofi se téléchargent librement, et QGIS fait les jointures et les calculs de surface. Ce chemin coûte du temps plutôt que de l'argent, et il demande d'apprendre l'outil, mais il ne cache rien. Le plan Discovery de l'API, gratuit lui aussi, couvre le géocodage des adresses ; le calcul de zone et son profil INSEE relèvent des plans supérieurs.

Données et outils en France

Les référentiels open data

Le socle officiel tient en trois briques. La Base Adresse Nationale (BAN), référentiel officiel porté par l'IGN, contient les adresses françaises et leurs coordonnées. C'est la base du géocodage. Le découpage IRIS de l'INSEE fournit la maille statistique infra-communale et les variables associées. Les données carroyées Filosofi, INSEE également, descendent au carreau de 200 mètres pour les revenus et la structure des ménages. S'y ajoutent le Code officiel géographique pour les communes et OpenStreetMap pour le réseau routier, sous licence ODbL.

Tous sont librement accessibles et régulièrement mis à jour. Leur assemblage, en revanche, demande du travail : formats hétérogènes, millésimes différents, changements de découpage communal d'une année sur l'autre, projections à convertir entre Lambert 93 et WGS84. C'est là que les outils prennent le relais.

Les outils qui les exploitent

QGIS est le couteau suisse gratuit du géomaticien : import des couches IRIS, jointures, calculs de surface, cartes de rendu. Il demande d'apprendre l'outil, mais il ne cache rien. ArcGIS joue le même rôle dans les organisations déjà équipées. Smappen et les plateformes de géomarketing comparables offrent le tracé d'isochrones et le comptage de population en quelques clics, sans code, avec un abonnement à la clé. Une API comme TrustyData s'adresse à ceux qui veulent le calcul dans un script Python, un notebook ou un pipeline ETL plutôt que dans une interface. Le géocodage BAN, le code IRIS et le carreau Filosofi se demandent alors adresse par adresse ; l'isochrone, et depuis peu la population, le profil et le niveau de vie moyen de la zone, contour par contour, en un appel chacun.

Le bon choix dépend de la fréquence. Une étude ponctuelle se fait très bien à la main dans QGIS. Un calcul qu'il faut rejouer chaque trimestre sur un réseau de quarante magasins n'a pas sa place dans une interface graphique.

Limites des solutions génériques

Beaucoup d'outils internationaux se contentent d'un rayon à vol d'oiseau et ignorent le découpage IRIS, qui n'existe qu'en France. D'autres proposent des isochrones correctes mais des données de population agrégées au niveau de la commune, ce qui est bien trop grossier pour un commerce urbain. Une commune de 40 000 habitants recouvre des quartiers dont les revenus varient du simple au triple. Pour une étude française qui doit tenir devant une banque ou un franchiseur, il faut un outil qui parle la langue de l'INSEE.

Interpréter et exploiter les résultats

Une fois les contours tracés et croisés avec les mailles statistiques, le travail d'analyse commence. Trois lectures en particulier valent leur temps.

Le potentiel, d'abord. Combien de foyers correspondant à votre cible se trouvent à l'intérieur du contour, et à quel niveau de vie ? Rapporté à votre taux de pénétration constaté ailleurs, ce chiffre donne une estimation de chiffre d'affaires défendable, avec ses hypothèses explicites. C'est plus honnête qu'un objectif posé à la louche, et c'est ce qu'un financeur demandera.

Les recouvrements, ensuite. Sur un réseau, deux points de vente distants de huit minutes se partagent une partie de leur zone. Le prospectus distribué dans la bande commune est payé deux fois, et le client qui entre dans l'un aurait pu entrer dans l'autre. Mesurer cette intersection permet d'arbitrer un plan média, de redécouper des territoires commerciaux, et parfois de comprendre pourquoi l'ouverture du magasin B a coïncidé avec le tassement du magasin A.

Les trous de couverture, enfin. L'espace qu'aucun contour n'atteint est soit une occasion d'implantation, soit une zone que la concurrence occupe seule. Superposer les contours de ses propres sites et ceux des concurrents transforme une carte descriptive en carte de décision.

Reste la discipline la plus utile : rejouer le calcul. Les axes routiers changent, la concurrence bouge, les millésimes INSEE se succèdent, et une zone tracée il y a trois ans a vieilli sans prévenir. Automatiser le calcul coûte un peu au départ et permet de le refaire chaque trimestre pour presque rien. Refaire l'étude à la main une fois par an, c'est déjà la moitié du travail perdue.

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Pour conclure

L'open data a rendu accessible une étude que seuls les grands groupes pouvaient se payer il y a dix ans. Quelques scripts Python, les référentiels IRIS et un QGIS suffisent. TrustyData regroupe ces briques pour ceux qui préfèrent une API à l'assemblage manuel. À vous de voir ce que vous gagnez à coder vous-même. Le même référentiel de sites sert dans l'autre sens : afficher à un client le point de vente le plus proche de son adresse, sur votre site ou dans votre application.

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